Dernier soir au Cully Jazz Festival 2026. Dans le Temple, l’atmosphère est particulière, presque suspendue. Avant le concert, quelques mots de remerciement sont adressés aux équipes et aux nombreux bénévoles – près de 800 cette année – qui font vivre le festival. Une émotion discrète circule déjà dans la salle. On sent une forme d’émotion collective, celle d’une fin qui approche.
Puis Roberto Fonseca et Vincent Segal entrent par le fond de l’église, traversant l’allée centrale au milieu du public, un geste qui évoque une procession, un début de cérémonie.
Le duo propose un répertoire issu de leur album commun Nuit parisienne à La Havane, entre influences classiques, jazz et musiques du monde. Dès les premiers morceaux, un langage s’installe : celui du dialogue. Leur complicité est évidente : piano et violoncelle se répondent comme en miroir, entre motifs répétés, improvisations et tensions progressives. Certaines séquences jouent avec les attentes du public – fin apparente, reprise soudaine, suspension finale – dans une recherche d’équilibre.
Par moments, la musique touche juste. Un chant a cappella de Fonseca, fragile et lointain, traverse le Temple comme une mémoire collective. Ailleurs, des images surgissent presque malgré soi : une marche lente dans un paysage gris, puis une éclaircie, un passage du mineur au majeur comme un souffle. Mais l’écoute reste exigeante. Sans amplification, les échanges parlés entre les morceaux se perdent, et la connexion avec le public semble parfois fragile, comme si chacun cherchait encore sa place dans ce dialogue très intérieur.
Un des moments les plus marquants reste le solo de Segal, entre pizzicati rythmiques et envolées mélodiques aux accents presque celtiques. Puis Fonseca revient, toujours très maîtrisé – peut-être même trop contenu – comme s’il oscillait entre son identité de pianiste cubain et une envie d’en sortir.
Le concert s’achève après neuf pièces, dans une montée finale intense. Standing ovation. Un rappel. Mais une sensation persistante demeure : celle d’un concert exigeant, une musique fine, parfois dense, qui demande une attention totale. Le Temple, silencieux au point de laisser entendre le moindre bruit – jusqu’au tic-tac d’une montre dans le public – amplifie autant la beauté que les petites distances. En ce dernier soir, entre recueillement et fatigue, le concert laisse une impression nuancée : celle d’un moment délicat, mais insaisissable.