Cully Jazz Festival 2026 | Reuben James, la classe !

Au Next Step du Cully Jazz Festival, certains concerts vous attrapent sans prévenir. On ne connaît pas forcément le nom, et puis, en quelques minutes, tout est clair. Reuben James fait partie de ceux-là. Une évidence.

Dès les premières notes de Big People Music, son dernier album, le ton est donné. Groove précis, énergie immédiate, sens du rythme impeccable : le pianiste et chanteur britannique capte l’attention avec une facilité déconcertante, une capacité à tenir une salle debout pendant plus d’une heure sans relâche. Chapeau vissé sur la tête, allure à la Pharrell Williams, Reuben James navigue entre falsetto, lignes R&B et touches presque rap, sans jamais perdre le fil. Le Next Step ne ressemble plus vraiment à la Suisse : on glisse ailleurs, quelque part entre Londres et San Francisco.

Sur scène, l’alchimie est évidente. Un trio resserré – basse, batterie, guitare – et d’une solidité remarquable. Le guitariste, Tom Ford, compagnon de longue date, lunettes de soleil, installe un groove tranquille, presque nonchalant, pendant que la rythmique de James Iwa à la basse et Genius Lee Wesley à la batterie tient une pulsation souple et organique. Reuben James, lui, mène le jeu avec naturel. Il donne de l’espace, met en avant ses musiciens, invite même un ami pianiste sur scène pour un duo aussi généreux que maîtrisé. Une posture de leader rare : précise, jamais écrasante.

Le concert navigue entre les styles avec une fluidité impressionnante. Funk, soul, jazz, pop – tout s’enchaîne sans rupture. Sur Shotgun, inspiré d’une rencontre improbable avec sa belle-famille américaine, le groove devient presque dansant. Ailleurs, les ambiances changent : solo de piano aux accents latins, nappes soul, moments plus rock, puis reggae. Tout est possible, mais rien n’est gratuit.

Ce qui frappe surtout, c’est cette capacité à raconter sans jamais en faire trop. Un morceau comme Teach Me bascule dans quelque chose de plus charnel, presque théâtral, avant de se conclure de manière inattendue sur un medley de Clair de lune et Blackbird. Et puis il y a cette sensation globale : celle d’un musicien qui pourrait facilement en faire des tonnes – au vu de son parcours (de Sam Smith à Stormzy, en passant par Lang Lang ou encore la série Ted Lasso) – mais qui choisit la simplicité. Le plaisir du live.

Le public, lui, ne s’y trompe pas. Il suit, il chante, il répond. L’énergie circule. Et quand le concert se termine sur une reprise de Nina Simone, quelque chose d’évident s’impose : Reuben James n’est pas seulement un musicien de musiciens. Il est, tout simplement, un artiste de scène.

Une très belle découverte. Et une confirmation : parfois, au Cully Jazz, il suffit d’entrer dans une salle pour voyager très loin.

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