Gérard Ellis, «Winter Wonderland» (2008)

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Entre le colon et le colonisé, lequel se doit-on de plaindre réellement? Telle est la question principale de cette nouvelle chronique à laquelle personne ne répondra. Évidemment.

Le regard noir et vide mené vers le ciel et ses symboles, le colon admire sa puissance, ses conquêtes, son absurdité. Absurdité confortable certes, agréable aussi, utile dira-t-on, mais ô combien absurde. Il se fond dans ce paysage montagneux en forçant le sol à se marier à sa stupidité: ce n’est pas de l’amour pourtant mais une simple lubie, une envie désastreuse, une imagination débordante, un aveugle amoureux. Ce n’est pas un monstre pour autant: il a conscience de sa monstruosité, et comme tout bon monstre qui se respecte, doté d’un soupçon d’empathie, il veut récupérer son « humanité ».

Et le colonisé alors? Le regard tout aussi noir, tout aussi vide, il baisse les yeux pour apercevoir quelques étoiles ici et là, car elles se sont enfuient du fond des yeux de ses compères et de ses ennemis. La flamme brûle néanmoins en lui comme cette flamme olympienne et infatigable. Il peut s’envoler, il va s’envoler, ce n’est plus qu’une question de temps, de connaissances, de courage.

Ils se mirent tous deux, face à face, mille contre mille, décelant leurs similarités et leurs différences. Ils contemplent leurs chaînes respectives, toutes plus lourdes les unes que les autres.

Ils ont pourtant tous la même envie : trouver cette fameuse idée dont on ne peut que taire le nom. Lui c’est lui, toi c’est moi et moi c’est toi.

 

– Igor Rodrigues Ramos

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